e; mONTBRUN Meurtre à Montaigne

Les manuscrits disparus ont été source d’inspiration pour de nombreux auteurs. Ici, un prétendu « Supplément au Journal du voyage en Italie » de Montaigne nous entraine dans une intrigue fort bien enluminé.

Acte I : la découverte d’un corps au pied de la tour abritant la célèbre « librairie » du château de Montaigne ; meurtre ou suicide. Acte II : l’enlèvement, un mois plus tard de deux fillettes sur une plage de l’île d’Oléron. Ce sont les petites filles d’un ancien diplomate, considéré par beaucoup comme un spécialiste de l’œuvre de Michel de Montaigne. Son entregent politique lui permet d’obtenir le rappel du commissaire Foucheroux, retiré dans les Landes, pour diriger cette enquête. Mais les héros sont fatigués et c’est un «  un policier à la retraite, aux cheveux blanchissants, à l’énergie défaillante, au bord d’une grave dépression qu’il avait réussi pendant toutes ces années à ignorer mais qui maintenant le rattrapait, parce que ses enfants avaient quitté le nid et que sa femme s’étaient éloignée de lui ; »qui  s’attaque à ce qui sera peut-être l’enquête la plus difficile de sa carrière.  Même secondé (voire parfois précédé) par l’indéfectible et fidèle Leila Djimani, saura-t-il dénouer les fils d’une intrigue qui mêlant, entre autre,  mystérieuse femme blonde et manuscrit à l’origine plus ou moins douteuse.

Une narration déstructurée permet à l’auteure de nous livrer les indices au compte-goutte et bien sûr de nous entrainer dans moult  impasses et fausses piste et de multiplier les coups de théâtres. Une nouvelle fois, Estelle Montbrun nous ravit par son sens du suspense, son art du dialogue, sa description tout en verve et en causticité d’un certain milieu universitaire, ainsi que les conseils délivrés par la directrice de collection d’une grande maison d’édition pour écrire un roman à succès : « Il nous faut de l’original et du violent. Modèle américain hard boil plutôt qu’anglais cosy, si vous voyez ce que je veux dire…(…) Et puis du sang que diable… Et bien sûr, du sexe… ».

4° de couverture :

"Un rapide pincement des lèvres rouge vif aurait indiqué à une personne moins naïve que Mary que sa présence n’était pas vraiment souhaitée. Mais sa proposition fut acceptée, et, en chemin, elle apprit que Caro faisait ses études à l’École des beaux-arts et habitait à la Cité universitaire. Après deux bises à la française, que les Américains appellent air kisses et qui n’engagent à rien, Mary suivit des yeux sa nouvelle connaissance, qui emprunta l’avenue Foch après lui avoir fait un petit signe faussement désinvolte. Quelques instants plus tard, Caro envoyait sur son portable le message suivant à une adresse cryptée­ : « Le cabillaud sera une rascasse. Veronica. »

Avec Meurtre chez tante Léonie, Estelle Monbrun a inauguré la collection « ­Chemins Nocturnes­ » aux Éditions Viviane Hamy. D’autres « meurtres » suivront. On la compare souvent à David Lodge et à Agatha Christie : « L’auteur emprunte au premier des références sarcastiques sur le milieu universitaire, représenté avec un humour impitoyable, mais aussi attendri. À la seconde, son art de la narration, des fausses pistes, des coups de théâtre. » René de Ceccatty, Le Monde.

Vous voilà prévenus."

de Estelle Montbrun,

Viviane Hamy, 2019,

240 pages.