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Avec les enquêtes de Mario Conde, et de cette écriture vive et acéré, Léonardo Padura continue sa peinture du Cuba moderne, un pays marqué dorénavant par le retour de la misère et des bidonvilles

 

Mario Conde a du vague à l’âme : l’anniversaire de ses soixante ans approche et annonce « l’arrivée obscène de la vieillesse . . . ». Comme si cela ne suffisait pas sa fiancée le met au régime vert et à la camomille sans sucre, son chien Basura II, fidèle compagnon de toujours, « faisait de longues siestes et mangeait avec moins d’ardeur », il ne supporte plus aussi bien l’alcool et ses amis les plus fidèles le quittent l’un après l’autre. « Mais le plus chiant, (…), c’était son état d’esprit, de plus en plus enclin à la tristesse et à la mélancolie » : en bref cette année est « lente, trouble, visqueuse ».

L’appel d’un ancien camarade de lycée le sort de sa torpeur et il se jette, comme à son habitude, à corps perdus dans une nouvelle enquête. Cet ami a été dépouillé par un ancien amant, beaucoup plus jeune que lui, qui a disparu emportant tout ce qui avait de la valeur et surtout une« vierge de Regla » pourtant assez commune à Cuba. « Au nom du bon vieux temps, au nom de l’amitié » il supplie Mario de la retrouver.

Mais l’enquête s’annonce plus difficile que prévue, d’abord cette vierge noire n’est peut-être pas ce qu’elle semble, elle est peut être beaucoup plus ancienne et plus rare, non fabriquée à Cuba mais amenée d’Espagne et surtout les meurtres se succèdent dans son sillage. Mario va nous entrainer des beaux quartiers de La Havane habité par les nouveaux riches cubains aux misérables bidonvilles qui de banlieue et où s’entassent dans un dénuement extrême ceux que l’on appelle « les Orientaux » population de migrants venus de Santiago.

Avec son immense talent de conteur, Léonardo Padura mêle le Cuba contemporain avec ses nouveaux riches et son extrême pauvreté et l’histoire d’une statuette fabriqué au Levant, ramenée en Europe part les templiers et réapparue à Cuba.

4° de couverture :

"Alors qu’il approche de son 60e anniversaire, Mario Conde broie du noir. Mais le coup de fil d’un ancien camarade de lycée réveille ses vieux instincts.

Au nom de l’amitié (mais aussi contre une somme plus qu’honorable), Bobby le charge de retrouver une mystérieuse statue de la Vierge noire que lui a volée un ex-amant un peu voyou.

Conde s’intéresse alors au milieu des marchands d’art de La Havane, découvre les mensonges et hypocrisies de tous les “gagnants” de l’ouverture cubaine, ainsi que la terrible misère de certains bidonvilles en banlieue, où survit péniblement toute une population de migrants venus de Santiago.

Les cadavres s’accumulent et la Vierge noire s’avère plus puissante que prévu, elle a traversé les siècles et l’Histoire, protégé croisés et corsaires dans les couloirs du temps. Conde, aidé par ses amis, qui lui préparent un festin d’anniversaire somptueux, se retrouve embarqué lui aussi dans un tourbillon historique qui semble répondre à l’autre définition de la révolution : celle qui ramène toujours au même point.

Un voyage éblouissant dans le temps et dans l’histoire porté par un grand roman plein d’humour noir et de mélancolie."

De Leonardo Padura,

Traduit de l'espagnol (Cuba) par Elena Zayas,

Metailié, 2019,

430 pages.